Masques et COVID-19


Suite à une intervention d'un de nos membres, Dr Pierre-Gilles Blanchard répond à la question suivante :
" Depuis peu, plusieurs patients nous demandent des papiers médicaux d'exemption du port du masque.
Y a-t-il de vraies contre-indications au port de ce dernier?
"

Actuellement, je n'ai pas été en mesure d'identifier de contre-indications absolues au port d'un couvre-visage autre que le respirateur N95. J'ai donc concentré mes recherches sur les exemptions identifiées par le législateur de régions comparables à la nôtre.

À Ottawa, la santé publique liste quatre groupes distincts chez qui l'obligation du port d'un masque ne s'applique pas: (i) les enfants de moins de deux ans ou ceux plus jeunes que cinq ans accusant un retard de développement, (ii) les individus avec une condition respiratoire ou cognitive qui les rend incapable de porter sécuritairement un masque, (iii) les individus incapables de retirer eux-mêmes le masque et (iv) tout patient inconscient. https://www.ottawapublichealth.ca/en/public-health-topics/masks.aspx#Who-is-exempt-from-wearing-a-mask

En Californie, le département de santé publique rend exempt au port du masque les populations suivantes: (i) les enfants de moins de deux ans, (ii) les gens avec une condition médicale pré-existante les empêchant de se couvrir le visage (risque d'obstruction respiratoire, inconscient, incapable de retirer seul le masque ou problème cognitif), (iii) les accompagnateurs d'une personne devant lire sur les lèvres, (iv) les travailleur pour qui le port du masque nuirait à sa sécurité, (v) les personnes recevant un service pour lequel le nez ou la bouche doit être découvert, (vi) les gens s'alimentant dans un service de restauration lorsque la distanciation sociale est maintenue, (vii) les personnes s'adonnant à une activité extérieure ou la distanciation sociale est maintenue et (viii) les détenus incarcérés qui respecteront alors les protocoles institutionnels. https://www.cdph.ca.gov/Programs/CID/DCDC/CDPH%20Document%20Library/COVID-19/Guidance-for-Face-Coverings_06-18-2020.pdf

Au Royaume-Uni, les recommandations de port du masque ne s'appliquent pas (i) aux enfants âgés de moins de 11 ans, (ii) aux personnes ayant des limitations leur empêchant de se couvrir le visage de façon autonome, (iii) aux gens pour qui le port du masque causerait une grande détresse, (iv) aux accompagnateurs d'une personne devant lire sur les lèvres, (v) aux gens transitoirement dans une situation d'urgence où ils doivent retirer le masque pour éviter des blessures, (vi) aux individus qui sont en train de manger, boire ou prendre un médicament. https://www.gov.uk/guidance/coronavirus-covid-19-safer-travel-guidance-for-passengers#exemptions-face-coverings

Ces groupes qui ont été jugés exempts du port d'un couvre-visage ont été identifiés principalement suite à des avis d'experts plutôt qu'en raison de contre-indications formelles de fabricants de couvre-visage ou encore d'organismes homologuant de tels équipement. Parmi les critères d'exemption fréquemment retenus, la condition respiratoire rendant intolérable le masque est probablement celui qui amènera le plus d'interrogations tant de la part des patients que des cliniciens. Je n'ai recensé aucune liste de diagnostics formels définissant une telle condition.

Un interview du Dr Albert A. Rizzo, CMO de la American Lung Association, est cependant d'intérêt concernant l'exemption médicale au port du masque. Le Dr Rizzo recommande d'ouvrir le dialogue avec nos patients et propose diverses stratégies pour y parvenir. Des mesures de mitigation existent pour réduire l'inconfort telles que de minimiser la durée des sorties à risque et ainsi le temps durant lequel le masque est porté et de choisir un masque confortable n'augmentant pas notre travail respiratoire. Il est important de souligner aux patients que si leur condition respiratoire est à ce point précaire qu'ils ne tolèrent pas un couvre-visage, ils devraient reconsidérer leur présence dans un lieu exigeant le port du masque puisqu'ils font probablement partie d'un groupe à risque élevé de complications liées au SARS-CoV-2. L'idée que le masque induit une désaturation ou une hypercapnie doivent également être rejetée. Ultimement, quoi qu'il ne s'agisse pas d'un substitut idéal, le port d'une visière devrait être considérée chez ces patients ne tolérant pas un simple couvre-visage. https://www.medscape.com/viewarticle/933540

Les évidences sur ce sujet sont évidemment en pleine évolution. Nous garderons donc l'oeil ouvert quant à la littérature émergente qui pourraient modifier ces recommandations.

Pierre-Gilles Blanchard, R5 médecine d'urgence spécialisée


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